Gaë Bolg and the Church of Fand

 



Label : Dysphorie.

C’est par la littérature fantastique et le cinéma que j’ai découvert des musiques autres, des musiques que je ne connaissais pas, grâce à des magazines comme Elegy ou D-side, grâce à Ombres et Lumières, mes oreilles se sont ouvertes.

Parmi les musiciens que j’ai récemment découverts, se trouve Eric Roger, en lequel s’incarna Gaë Bolg, le mystérieux Révérend-Père de l’église de Fand. La musique qu’il a composée d’après la peinture de Jean-Marc Dauvergne Feux II, pour Ombres et Lumières, évoque la montée en spirale du Boléro de Ravel. Inspiré de peintures de feu et de volcans, pur instrumental au rythme envoûtant et à la trompette claironnante, ce morceau suggère des tournois médiévaux, des dragons dans le ciel, fêtes et forges.

Eric Roger a fait ses premières armes dans des groupes aussi variés que Palo Alto, Skald ou Sol Invictus. Avec Tony Wakeford, il fonda l’Orchestre Noir ; certains le considèrent comme le principal responsable du sublime album Eleven.

Quand il lui vint l’envie de réaliser ses propres projets, Eric Roger créa Seven Pines dont les albums, The Garden of Fand et Nympholept racontent, par le biais de musique "pop-psychédélique-opératique" – soit, plus simplement "neo-folk" –, l’univers de Fand, une fée exilée sur une île et condamnée à attirer les hommes pour les perdre. Une église sera créée, dont un étrange personnage deviendra le gourou et des ruines de l’Hysterical French Band, surgira Gaë Bolg and the Church of Fand.

Les deux albums de Gaë Bolg, La Ballade de l’Ankou et Tintagel, sont inspirés de légendes celtiques. Le duc de Tintagel était l’époux d’Ygerne, ce sont ses traits qu’Uther Pendragon revêtit par la magie de Merlin, afin de passer la nuit avec elle et d’enfanter Arthur. L’Ankou est, en Bretagne, l’ouvrier de la Mort (oberour ar maro). Il a les traits d’un homme grand et maigre, qui tient une faux à la main. Il est monté dans une charrette tiré de deux chevaux, l’un est maigre et efflanqué, l’autre a le poil gras et luisant. Son rôle est de ramasser les trépassés. Toutefois, l’interprétation que fait Eric Roger de ces histoires ressort de la plus libre licence artistique !

Il est évident, en écoutant Gaë Bolg ou Seven Pines, qu’Eric Roger a bénéficié d’une formation classique. Sa maîtrise des instruments – en particulier la trompette mais aussi le piano ou la flûte – en témoigne. Les compositions, le choix de poèmes médiévaux d’auteurs illustres – Malherbe, Beaumanoir… – ou anonymes, l’utilisation de glockenspiel ou d’orgue, la voix profonde et les tambours au rythme hypnotique, tout cela contribue à créer une ambiance étrange, presque mystique, que viennent rehausser les peintures de Jean-Marc Dauvergne (illustrations de The Garden of Fand et de Nympholept). Mais attention, tout cela est à prendre au second degré, l’humour est un des traits dominants de ce compositeur-trompettiste atypique, qui est, si ce n’est gourou, l’un des musiciens les plus prometteurs de sa génération. Pour preuve de son humour les dessins de Tintagel ou de La Ballade de l’Ankou, signés Ars Magna 1118, ou les paroles de certains morceaux de Seven Pines.

Le plus grand défaut des disques de Seven Pines et de Gaë Bolg and the Church of Fand étant d’être difficiles à trouver, le mieux (et le moins cher !) est de les commander directement à leur label : Dysphorie

Lucie CHENU